==========================

Gilles Clément compte bien faire « trembler » la base sous-marine de Saint-Nazaire. Pour Estuaire 2009, il propose d’implanter sur le toit de la base sous marine un jardin, pensé en triptyque. Le « Jardin du Tiers-Paysage » est pérenne et évolutif. Première phase : le « Bois des trembles ». 107 jeunes trembles (arbre dont les feuilles, presque argentées, s’agitent au moindre souffle de vent, faisant ainsi scintiller la lumière) ont été plantés mi-février dans « les chambres d’éclatement des bombes », place à la fois humide et ensoleillée de la base. Le projet se poursuivra en 2010 par un jardin de plantes ligériennes : « Le jardin des orpins et des graminées ». Enfin, dernière étape, en 2011, « Le jardin des étiquettes ». Gilles Clément souhaite étiqueter soigneusement chaque espèce végétale qui sera apparue seule, naturellement, portée par le vent et les oiseaux. D’ici là, avec la venue des beaux jours de printemps, surveillez à l’occasion les clins d’œil des premières feuilles verdoyantes des jeunes arbres. Faire scintiller et "trembler" la base, telle est la première intention - poétique - de Gilles Clément qui voit en la base de Saint-Nazaire un "lieu de résistance" capable d'accueillir la diversité écologique de l'estuaire.
=======================

L'étrange animal "industriel" de Jimmie Durham qui surgit sur le ponton de Basse-Indre, à découvrir depuis l'embarcadère du bac, est constitué de tubulures qui évoquent un serpent de mer ou un dragon de plus de 40m de long. Il sort du fleuve, rampe et se dresse face à la Loire, "gueule ouverte" tel le Léviathan. La figure du serpent et l'utilisation de tubes industriels sont récurrentes dans l'oeuvre de l'artiste. Le serpent symbolise le fleuve et le tube représente un "conduit" pour l'imagination permettant de décloisonner - tout en les reliant - espaces et hiérarchies: eau / ciel, dessus / dessous, visible / invisible, passé / avenir... Jimmie Durham, artiste d'origine cherokee, revendique depuis toujours une totale liberté et traverse les catégories artistiques, historiques et contemporaines, remettant en question les fondements et les systèmes hiérarchiques de l'art. Ses oeuvres cultivent une étrangeté qui transforme les objets usuels, trouvés ou rejetés, en êtres mystérieux, sources de curiosité et d'investigations. Elles travaillent sur le langage, les mots, les images, et leur esthétique du bricolage fait référence à la "pensée sauvage" des "arts indigènes" tout en parodiant les conventions ethnographiques.
=======================

Pour Estuaire 2009, l'artiste suisse Roman Signer signe Pendule, une création à Trentemoult (Rezé) sur le site d'une centrale à béton désaffectée de couleur rouge, construite dans les années 1960. Il souhaite mettre en lumière la richesse et le pouvoir évocateur du lieu grâce à une intervention minimale. Un grand pendule de 7 m de long s'accroche au bâtiment. Il bat le temps, régulièrement et inexorablement. Cette horloge absurde, sans aiguille, marque la lente déchéance du bâtiment, la course inéluctable des êtres et des choses vers leur disparition. Elle rythme aussi le flux incessant du fleuve, son caractère immuable, sa violente et tranquille puissance. En cas de vent fort, le pendule se met en arrêt. Installation pérenne.
====================
A Bouée, mais accessible via la commune de Cordemais, Tatzu Nishi réalise sa première oeuvre pérenne, La Villa cheminée. En jouant avec les perspectives, il se mesure au gigantisme du "château de fer" et reproduit à l'identique une tour de la centrale qui émerge du sol pour s'élever à 15 mètres de haut. A son sommet, un petit pavillon avec son jardinet, sorti tout droit des années 1970, comme il y en a tant dans les environs, fait office de gîte. Créant un véritable choc visuel, Tatzu Nishi développe notre capacité d'imagination, à l'instar de Jules Verne, qu'il adore : d'où vient cette maison ? Les cheminées de la centrale actuelle sont-elles des copies de ce vestige ?

Pour information : La Villa cheminée a été proposée à la location durant toute la durée de la manifestation. Les 60 nuits sont parties en moins de 6 heures lors de l'ouverture de la billetterie. Mais, s'agissant d'une commande publique pérenne, dès septembre 2009, c'est désormais un gîte ouvert à la location toute l'année !
======================

Les Anneaux de Buren, quai des Antilles à Nantes, font l'objet d'une carte postale réalisée par les cartophiles du pays Nantais. : Photo Roland Babin
On connaît la colère de l'artiste Daniel Buren qui a menacé de détruire ses propres colonnes du Palais-Royal parce qu'elles étaient laissées à l'abandon. A Nantes, les anneaux du hangar à bananes, du même artiste, sont régulièrement en panne. Et régulièrement réparées.
« Tous les deux jours, les anneaux s'éteignent »
« Les anneaux de Buren, c'est comme le reste des oeuvres d'Estuaire », souligne Jean-Blaise, le directeur du Lieu Unique et de la biennale artistique Estuaire 2007.
« Tous les deux jours, les anneaux s'éteignent, c'est un combat permanent. Le problème des oeuvres dans l'espace public, c'est leur entretien. Aujourd'hui, nous sommes en train de mettre en place des protocoles avec les collectivités territoriales pour faire en sorte que les oeuvres tiennent ».
Sept oeuvres pérennes
Situés sur le quai des Antilles, tout du long du hangar à bananes, les anneaux de Buren ont été installés en juin 2007. Ils sont faits pour durer et s'inscrivent dans la liste des sept oeuvres pérennes issues de la première édition de la biennale Estuaire.
Ces anneaux lumineux la nuit sont actuellement entretenus par la direction d'Estuaire. « Pour l'instant, c'est nous, précise Jean Blaise. Mais après 2011, cela changera ». La biennale d'Estuaire s'achèvera, en effet, en 2011, soit au bout de la troisième édition.
Texte de Stéphane Pajot, Presse Océan
Voir aussi les pages Estuaire 2007 et Estuaire 2009 sur le site ArtCatalyse Archives :
www.artcatalyse.net


Version imprimable de la page